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Santé mentale : soutenir l’inclusion, l’autonomie et le lien social

07 Juil

Quels dispositifs dans le Bassin Sud-Est ?

Retour sur la rencontre du 2 juin

 

Pour répondre au besoin exprimé par beaucoup d’intervenant·es social-santé de mieux connaitre les dispositifs d’aide en santé mentale disponibles dans le Bassin Sud-Est et faciliter les orientations, trois éditions spéciales de la Concertation « Santé mentale » ont été organisées durant l’année scolaire 2025–2026.

 

La troisième et dernière de ces rencontres s’est tenue le 2 juin dernier. Elle a mis en lumière les dispositifs de soutien à l’autonomie et à l’insertion sociale et/ou professionnelle pour les personnes en difficulté psychologique, présents sur le territoire : structures d’accueil de jour, lieux de liens et dispositifs d’insertion socioprofessionnelle spécialisés en santé mentale.

 

Elle a aussi présenté les services du Bassin qui proposent un soutien psychosocial et des activités communautaires aux jeunes et aux personnes avançant en âge, dans une optique de prévention : maisons de jeunes et services AMO, centres d’accueil pour seniors et centres de services locaux (lokaal dienstcentrum).

 

Dix-sept professionnel·les de services actifs dans le Bassin Sud-Est ont présenté leur offre et répondu aux questions des 42 participant·es. Un grand merci à tous·tes ces intervenant·es ! Au total près de 60 professionnel·les ont donc pu échanger sur les spécificités des dispositifs présentés et renforcer leur réseau.

 

À cette occasion, l’aide-mémoire pour l’orientation en santé mentale a été complété. Il recense à présent tous les accompagnements disponibles dans le Bassin Sud-Est, répondant à différents besoins des bénéficiaires :

  • Être accompagné·e en consultation ambulatoire
  • Être accompagné·e à domicile
  • Faire face à l’urgence ou à une situation de crise
  • Se soigner à l’hôpital ou dans un logement supervisé
  • Renouer des liens et sortir de l’isolement
  • Développer un projet de formation ou d’emploi
  • Trouver de l’entraide

 

Des structures de jour pour recréer du lien et soutenir la réinsertion sociale

 

Intervenant : Matthias Vanneste (Centre de jour Le Gué)

 

Le centre de jour Le Gué a présenté son approche d’accueil de jour pour adultes souffrant de troubles psychiques. Conventionné par Iriscare, le service accueille des personnes entre 18 et 67 ans, pour des périodes allant de six mois à cinq ans. Le Gué a mis en place une séance d’information mensuelle, suivie d’un rendez-vous individuel pour les personnes intéressées. Les conditions d’admission sont les suivantes : la volonté de venir (base volontaire), la capacité de poser des choix et le fait d’être en ordre de mutuelle, celle-ci qui assurant le financement de la prise en charge. Une fois la personne admise, il y a un délai d’attente de plusieurs mois avant de pouvoir effectivement fréquenter le centre.

 

L’intervention a insisté sur un élément essentiel : l’importance d’un lieu où les personnes sont attendues et reconnues. L’accueil quotidien constitue ainsi un moment central. Les journées s’organisent autour de temps collectifs, d’activités facultatives, de repas partagés et de moments informels qui permettent de tisser des liens durables. Cette proximité relationnelle constitue souvent un levier important pour des personnes fortement isolées. Le centre propose un cadre structurant, avec une présence attendue au minimum trois jours par semaine. Ce cadre constitue l’une des principales différences avec les lieux de lien, plus souples et inconditionnels.

 

L’hôpital de jour du service de Psychiatrie du site St-Michel des Cliniques de l’Europe n’a malheureusement pas pu présenter sa structure lors de la matinée. L’intervention a mis en lumière certaines différences entre centre de jour et hôpital de jour : si les deux dispositifs peuvent répondre à des besoins similaires, l’environnement diffère : l’hôpital de jour se situe en milieu hospitalier, le centre de jour s’inscrit davantage dans la vie de quartier et le tissu urbain. Il s’agit d’orienter les personnes vers le cadre le plus adapté à leur situation et leurs besoins.

 

Les lieux de lien : accueillir sans condition

 

Intervenant·es : Lou Balsama (Fabulus), Stéphane Biebuyck (Babel’zin), Raphaël Dodemont et Alessandra Leisdovich (Projet Eolien), Colin Cheneau et Justine Vandepoele (L’Entr’Act)

 

Les participant·es ont ensuite échangé en plus petits groupes avec des professionnel·les travaillant dans un des quatre lieux de liens présents dans le Bassin (ou à proximité immédiate). Il s’agit de dispositifs particulièrement pertinents pour les personnes en situation d’isolement, d’errance ou de désaffiliation sociale.

 

Bien que leurs fonctionnements diffèrent, les lieux de lien partagent une même philosophie. Développés principalement à l’initiative du secteur de la santé mentale, en lien avec le secteur social, ils sont nés du constat de l’augmentation de l’isolement et du sentiment de solitude à Bruxelles, ainsi que des difficultés d’accès aux dispositifs d’accompagnement plus classiques. Certains s’inscrivent également dans une logique de désinstitutionnalisation des soins, en proposant des espaces de proximité où le lien social est privilégié plutôt qu’une prise en charge thérapeutique.

 

Leur point commun est d’offrir un accueil bas seuil, inconditionnel et sans obligation de participation aux activités. Les personnes peuvent venir et repartir librement, sans rendez-vous ni engagement dans un suivi individuel. Les activités proposées ne poursuivent pas un objectif thérapeutique en tant que tel : elles constituent avant tout un support à la rencontre, au partage et à la participation à la vie collective. En favorisant les échanges entre des publics variés — habitant·es du quartier, personnes suivies ou non par des services de santé mentale, personnes en situation de précarité — ces lieux contribuent à lutter contre l’isolement, à renforcer les liens sociaux et à déstigmatiser les questions de santé mentale.

 

Si ces principes sont communs, chaque lieu développe une identité et un fonctionnement qui lui sont propres.

 

Le Fabulus (Woluwe-Saint-Lambert), lié au centre de jour Le Gué, prend la forme d’un bistrot de quartier ouvert à toutes et tous. Son programme évolue chaque mois et combine ateliers animés par des intervenant·es extérieurs, sorties culturelles, concerts et projets portés par les membres eux-mêmes. Le lieu propose également un stage Horeca, un projet de maraîchage et différentes initiatives favorisant l’implication des participant·es. Il constitue aussi un espace de transition, permettant de maintenir le lien avec les personnes fréquentant le centre de jour ou en attente d’y être accueillies.

 

Le Babel’zin (Auderghem), porté par le Service de santé mentale Le Grès, accueille toute personne souhaitant pousser la porte du lieu, dans le respect d’une charte de vivre ensemble. Les activités proposées, souvent en partenariat avec d’autres acteurs locaux, sont envisagées comme des prétextes à la rencontre et à la réappropriation du quartier. Le lieu constitue un espace de répit et d’accueil pour des personnes parfois très éloignées des dispositifs classiques, notamment des personnes en errance ou sans abri, sans poursuivre d’objectif de réinsertion ou de soin au sens strict.

 

Le Projet Éolien, rattaché au Centre de guidance d’Etterbeek, se distingue par son caractère mobile. Il organise des activités artistiques, psychosociales et culturelles dans différents lieux de la commune, en partenariat avec des structures locales. Cette présence « hors les murs » permet d’aller à la rencontre des personnes et de favoriser la création de liens dans des espaces de proximité. L’équipe a insisté sur la force du travail communautaire : certaines difficultés psychiques peuvent déjà être entendues et contenues dans des espaces d’accueil informels, sans qu’un suivi psychologique individuel soit immédiatement nécessaire. L’échange a également rappelé l’importance des collaborations entre structures pour faciliter les orientations lorsque des besoins plus spécifiques émergent.

 

L’Entr’Act (Schaerbeek, à la frontière de Woluwe-Saint-Lambert), développé par L’Orée et le SSM WOPS, est installé dans une maison unifamiliale ouverte les week-ends et les jours fériés, périodes où les possibilités d’accueil sont souvent limitées. Les activités proposées — deux par jour — sont pensées comme des occasions de faire ensemble plutôt que comme une fin en soi. Un repas ou un brunch à prix libre est proposé sans obligation d’y participer. Le projet met l’accent sur la convivialité, les échanges informels et la création d’un cadre rassurant, propice à la rencontre.

 

Une des questions a porté sur la différence entre lieux de liens et maisons de quartier. Dans les lieux de liens, les intervenant·es sont formés à l’accueil des difficultés psychiques. Les maisons de quartier sont des lieux d’accueil plus généralistes.

 

 

Soutien psychosocial et activités communautaires pour jeunes et adultes/seniors

 

La seconde partie de la matinée proposait deux sessions parallèles sur les dispositifs de soutien psychosocial pour les jeunes et les seniors.

 

👉 Jeunes : des lieux ressources entre accueil collectif et accompagnement individuel

 

Intervenant·es : Delphine D’Hooghe et Karim Almakahasi (MJ Basenvol), Léa Dumortier et Joséphine Zagba (AMO Samarcande)

 

La maison de jeunes Basenvol, à Etterbeek, accueille des jeunes de 12 à 26 ans dans un espace où ils peuvent se poser, discuter, participer à des activités ou développer des projets collectifs. L’équipe a expliqué combien les problématiques de santé mentale se sont intensifiées depuis la crise du Covid.

 

Les professionnel·les observent davantage d’anxiété, de détresse relationnelle, de difficultés familiales et d’addictions liées aux réseaux sociaux. Ces constats ont amené la structure à renforcer son accompagnement individuel, en complément de son travail collectif. La maison de jeunes constitue souvent un espace de confiance précieux. Les jeunes y trouvent un cadre sécurisant, parfois plus accessible que les services spécialisés vers lesquels ils peinent à se tourner.

 

L’AMO Samarcande, qui accompagne les jeunes jusqu’à 22 ans ainsi que leurs familles, a également partagé son expérience. Son travail repose sur l’aide volontaire, sans mandat, avec une forte attention portée à l’autonomie des jeunes. Samarcande a également lancé un nouveau projet d’accueil occasionnel d’enfants jusque 3 ans pour créer du répit pour les familles. Les jeunes peuvent être orientés vers Samarcande ou y venir pour des raisons diverses. Souvent, les besoins apparaissent progressivement, au fil du lien.

 

Les échanges ont également porté sur les nouvelles formes de souffrance psychique observées chez les jeunes : tensions identitaires, polarisation des discours, difficultés relationnelles et exposition permanente aux réseaux sociaux. Les intervenant·es ont souligné combien le travail de sensibilisation aux questions de genre, d’altérité et de respect reste délicat, particulièrement lorsque les jeunes eux-mêmes traversent des situations de grande vulnérabilité.

 

Une idée forte s’est dégagée : pour un jeune en souffrance psychique, il n’existe pas de lieu idéal unique. Le bon dispositif est souvent celui avec lequel un lien de confiance peut se construire.

 

👉 Seniors : prévenir l’isolement

 

Intervenant·es : Nicolas Bruneau (Atoll Est/du Levant), Valérie Wispenninckx (Zoniënzorg vzw / LDC ‘t Koetshuis en LDC Zoniënzorg Zuid), Talitha Van Vooren (projet Elder – CGG Brussel)

 

Le service d’accueil de jour Atoll s’adresse aux personnes de plus de 60 ans vivant à domicile et suffisamment autonomes pour participer à la vie collective. Il existe deux maisons Atoll dans le Bassin Sud-Est : l’une à Etterbeek et l’autre à Woluwe-Saint-Lambert.

 

Créées pour répondre au constat que de nombreuses personnes âgées entraient prématurément en maison de repos par manque d’activités ou de lien social, les maisons Atoll proposent des journées rythmées par des temps d’accueil, des animations, des repas et des moments conviviaux. L’objectif est double : lutter contre l’isolement et soutenir le maintien à domicile. Pour les personnes intéressées, un rendez-vous d’accueil et une journée d’essai sont proposés.

 

Les Lokale Dienstencentra (LDC), présents dans plusieurs communes bruxelloises, poursuivent une logique similaire. L’asbl Zoniënzorg gère deux LDC, à Auderghem et Woluwe-Saint-Pierre. Il existe aussi un LDC à Etterbeek (géré par la maison de quartier Chambéry). Ces lieux de rencontre de proximité proposent des activités informatives, créatives, physiques, des repas, ainsi que des services (coiffure, pédicure, petits travaux, etc.). Historiquement, ils étaient principalement destinés aux personnes âgées. Au fil des années, leur mission s’est élargie vers l’ensemble des habitant·es du quartier, avec une attention particulière pour les personnes qui risquent l’isolement, la fragilisation ou la perte de réseau social. Si l’initiative est néerlandophone, elle accueille les personnes quelle que soit leur langue.

 

Les LDC n’offrent pas d’accompagnement social individualisée, mais fonctionne comme un relais vers l’offre existante. Ils organisent aussi des conférences et séances d’information autour de thématiques telles que le vieillissement, le logement, les droits sociaux, la sécurité numérique, la santé et le bien-être.

 

C’est ainsi que Zoniënzorg collabore avec le CGG Brussel (Centrum voor Geestelijke Gezondheidszorg) pour un projet de prévention en santé mentale auprès des seniors. L’objectif est de renforcer le bien-être psychique des aîné·es en valorisant leurs ressources personnelles afin de mieux faire face aux défis liés au vieillissement. Le projet, actif sur l’ensemble de la région bruxelloise, propose un accompagnement individuel préventif ainsi qu’un parcours de soin narratif, permettant aux personnes de raconter leur histoire de vie et de recevoir un livre retraçant leur parcours. Des séances d’information et d’échange en groupe sont aussi organisées sur des thématiques telles que le deuil, les émotions, la solitude, le sommeil, l’anxiété ou encore la dépression, en collaboration avec des partenaires locaux.

 

Retrouver une place dans la vie professionnelle

 

Intervenantes : Léa Wallens (Service Accompagnement Emploi du Gué), Stéphanie Blomme (Projet Novo – Plateforme Bruxelloise pour la Santé Mentale), Gina Salazar (Projet Novo – OrientaEuro)

 

La dernière partie de la matinée a porté sur l’insertion socio-professionnelle des personnes confrontées à des difficultés de santé mentale.

 

Le service emploi du Gué accompagne des personnes souhaitant reprendre un projet de vie socio-professionnel après une période de fragilité psychique. La seule condition d’accès est qu’un·e psychiatre atteste que la personne est suffisamment stabilisée pour envisager une reprise d’activité. Les profils accompagnés sont très variés, tant en termes de parcours professionnels que de qualifications.

 

L’accompagnement débute par un module collectif de sept matinées visant à explorer les représentations du travail, identifier les compétences, les limites et les ressources personnelles. Cette phase permet aussi d’évaluer si la personne est prête à reprendre un emploi ou si un autre type d’accompagnement serait plus adapté.

 

L’intervenante a insisté sur un point important : la réussite du parcours ne se mesure pas uniquement par un retour à l’emploi classique. Le bénévolat, une activité valorisante ou un projet plus progressif peuvent également constituer des issues positives, dès lors qu’ils correspondent au rythme et aux aspirations de la personne. Le service travaille de manière indépendante d’Actiris. De nouveaux modules sont organisés tous les deux mois et des places sont actuellement disponibles.

 

Le projet NOVO, fruit d’une collaboration entre la Plateforme Bruxelloise pour la Santé Mentale et OrientaEuro, propose quant à lui un accompagnement gratuit destiné aux chercheur·euses d’emploi bruxellois·es dont l’état de santé (mentale et/ou physique) constitue un frein durable à l’insertion professionnelle. Les autres conditions pour bénéficier de l’accompagnement sont les suivantes : être inscrit·e chez Actiris, résider en région bruxelloise, ne pas être accompagné·e par un autre partenaire d’Actiris (sauf CPAS). Comme le projet est nouveau, il n’y a actuellement pas de délai d’attente.

 

L’accompagnement combine soutien psychosocial par les psychologues de la Plateforme et coaching emploi avec les coachs d’OrientaEuro. Il se décline en trois phases : analyse de la demande, recherche d’emploi et suivi post-embauche.

 

Cette période de suivi après l’engagement constitue un atout majeur, tant pour sécuriser le parcours de la personne que pour soutenir les employeurs.

 

 

Une diversité de portes d’entrée pour rompre l’isolement

 

Cette Concertation thématique a mis en évidence la richesse et la complémentarité des ressources présentes dans le Bassin Sud-Est.

 

Centres de jour, lieux de lien, maisons de jeunes, AMO, services pour seniors ou dispositifs d’insertion professionnelle ne répondent pas aux mêmes besoins, mais participent tous à un enjeu commun : offrir des espaces où les personnes peuvent recréer du lien, retrouver une place et avancer à leur rythme.

 

Au fil des échanges, un constat s’est imposé : face aux souffrances psychiques, la relation reste souvent la première ressource. Avant même l’accompagnement spécialisé, le fait d’être accueilli·e, écouté·e et reconnu·e peut déjà constituer un point d’appui déterminant.

 

Quelle suite à cette matinée ?

 

À l’avenir, la Concertation thématique « Santé mentale » poursuivra ce travail d’interconnaissance et de mise en réseau, pour approfondir les besoins dans le Bassin Sud-Est en matière de santé mentale et identifier collectivement des pistes afin d’améliorer l’accompagnement des bénéficiaires en difficulté psychologique.

 

La prochaine réunion de la Concertation thématique Santé mentale aura lieu jeudi 19 novembre (12h30 – 16h). L’Équipe d’appui au Bassin Sud-Est reviendra après l’été avec plus d’informations sur le contenu de cette rencontre.