Actualité
Réforme du chômage et accompagnement des personnes exclues
26 Mar
Réforme du chômage : l’accompagnement des personnes exclues dans le Bassin Sud-Est
Le jeudi 19 mars s’est tenu l’Atelier du changement, un espace d’interconnaissance, d’information et d’échange pour les professionnel·les social-santé des 4 communes du Bassin Sud-Est.
Cette rencontre entendait apporter des éléments de réponse à la question suivante : comment renforcer la collaboration entre acteurs du social et de la santé pour répondre aux situations de vie complexes rencontrées par les personnes exclues du chômage ? L’objectif était aussi de mettre en lumière les relais mobilisables au sein du réseau pour soutenir ces bénéficiaires dans leurs différents besoins.
La réforme du chômage et ses impacts
La réforme limite désormais le droit aux allocations de chômage complet à un maximum de 24 mois : une période de base de 12 mois, à laquelle peuvent s’ajouter jusqu’à 12 mois supplémentaires en fonction du passé professionnel. Didier de Laveleye (coordinateur des Maisons de l’Emploi chez Actiris) a présenté le calendrier de mise en œuvre, les exceptions et prolongations possibles, ainsi que le profil des personnes exclues (dias 13 à 27).
L’aide des CPAS aux personnes exclues
Sept intervenant·es des 4 CPAS du Bassin Sud-Est ont exposé les initiatives mises en œuvre pour informer et accueillir les personnes exclues du chômage. Ils·elles ont précisé le nombre et le profil des personnes exclues sollicitant leur aide, ainsi que les principaux défis liés à leur accompagnement (dias 29 à 43).
Selon les données communiquées par les intervenant·es (mi-mars), entre 60 % et 70 % des personnes exclues lors des deux premières vagues ont déjà introduit une demande auprès du CPAS. Les intervenant·es ont souligné l’importance, pour les personnes concernées, de prendre contact rapidement avec le CPAS, sans attendre l’épuisement de leurs économies : « certains bénéficiaires n’entament pas de démarches parce qu’ils pensent n’avoir droit à rien (par exemple parce qu’ils sont propriétaires…). Mais il vaut mieux introduire une demande qui sera refusée que de créer du non-recours au droit. »
Les CPAS soulignent aussi le changement de paradigme entre l’allocation de chômage (relevant d’une logique assurantielle, sans examen de la situation financière) et le Revenu d’Insertion (qui implique une enquête sociale sur les revenus du ménage). Cette transition peut susciter une gêne chez certaines personnes, tenues de demander les revenus de leur parents, enfants ou grands-parents. Ils pointent aussi le défi lié à la gestion des nouvelles demandes, afin d’éviter un délai entre la fin des droits au chômage et la décision du CPAS.
La présentation de la réforme du chômage a suscité des questions parmi les acteurs social-santé présents. D’une part, au regard de son impact sur les moyens financiers des CPAS, la réforme pourrait-elle entrainer des répercussions sur l’octroi d’aides autres que le Revenu d’Insertion ? Un risque de refus accru de certaines demandes existe en raison d’arbitrages budgétaires plus contraints. D’autre part, la question de la continuité du suivi social demeure centrale : comment éviter des ruptures lorsque l’assistant·e social·e référent·e est absent·e ? Il s’agit d’un point d’attention constant pour les CPAS, qui insistent sur l’importance du lien de confiance avec le·la bénéficiaire. Certains organisent des équipes d’assistant·es sociaux·ales « volant·es » pour assurer la continuité.
Quelles pistes pour améliorer la réponse du terrain aux situations de vie complexes ?
1. Mieux toucher les publics exclus
Dans un premier temps, les échanges avec les professionnel·les ont porté sur les stratégies collectives à mettre en place pour atteindre les publics exclus.
Une large majorité des professionnel·les présent·es (82 %) est en contact régulier ou occasionnel avec des personnes exclues du chômage ou menacées de l’être. D’après les réponses des participant·es à un sondage en ligne, voici les trois principales raisons pour lesquelles certaines personnes exclues ne sollicitent pas – ou hésitent à solliciter – le CPAS :
- Le manque d’information sur leurs droits (71%),
- La conviction de ne pas avoir droit à l’aide du CPAS (50%),
- Le sentiment de honte ou de stigmatisation (50%),
Plusieurs interventions ont mis en évidence le rôle que peuvent jouer des acteurs tels que les services sociaux hospitaliers, les intervenant·es à domicile ou les espaces publics numériques pour encourager ces personnes à prendre contact avec le CPAS. Cela implique d’associer les professionnel·les qui y travaillent aux initiatives d’information.
Il est également proposé de mieux outiller les intervenant·es de terrain — par exemple les aides familiales amenées à réaliser des démarches administratives — en les informant sur les aides du CPAS et leurs conditions d’accès.
2. Lever les freins à la prise de contact avec le CPAS
Plusieurs pistes sont évoquées :
- utiliser des dispositifs moins stigmatisants pour un premier contact, comme le Guichet social de Woluwe-Saint-Lambert (initiative conjointe du CPAS et de la commune) ;
- renforcer les démarches d’« aller vers » (dans les maisons de jeunes, les réunions de locataires, etc.) ;
- travailler sur les représentations du CPAS.
Pour les intervenant·es de terrain, des contacts personnels avec les assistant·es sociaux·ales du CPAS facilitent l’orientation et la transmission du lien de confiance aux bénéficiaires. À l’inverse, le turn-over constitue un frein. L’idée de partager des listes de contacts directs au sein des CPAS est évoquée.
3. Renforcer l’interconnaissance et la collaboration
Les professionnel·les présent·es ont été invité·es à répondre à 3 nouvelles questions.
Les principales difficultés observées chez les personnes exclues du chômage sont :
- la gestion et le suivi des démarches administratives (90%),
- l’accès aux droits (61%),
- l’isolement social (61%),
- les difficultés de santé mentale (58%).
Les défis prioritaires identifiés pour améliorer l’accompagnement sont :
- informer les personnes sur leurs droits (65 %),
- les orienter vers les services adéquats (65 %),
- renforcer la collaboration entre acteurs pour une prise en charge intégrée (55 %).
Les situations dans lesquelles la mobilisation du réseau est la plus difficile concernent :
- les problèmes de logement (74 %),
- la santé mentale (55 %),
- l’isolement (42 %).
Plusieurs suggestions émergent pour accompagner les personnes qui au fil du temps se sont éloignées de toute démarche et se retrouvent soudainement confrontées à des tâches administratives nouvelles, lourdes d’enjeux :
- améliorer la compréhension du fonctionnement et des aides du CPAS par les professionnel·les externes (venir en stage dans un CPAS ?) ;
- simplifier l’information, notamment en s’inspirant du FALC (FAcile à Lire et à Comprendre) utilisé dans le secteur du handicap (des formations existent) ;
- centraliser les documents via une plateforme accessible, afin d’éviter les demandes multiples ;
- poursuivre les efforts en matière d’inclusion numérique.
Concernant les difficultés en matière de santé mentale relevées par le sondage, les participant·es soulignent les freins à l’orientation et à l’accès aux soins, en raison de la saturation des services. Ces difficultés impactent négativement l’accès aux droits en fragilisant la capacité à compléter des documents administratifs. Le CPAS d’Etterbeek mentionne sa collaboration avec PsyBru permettant d’offrir un soutien psychologique aux bénéficiaires qui en ont besoin.
Un des éléments à retenir de la matinée est le besoin, pour les acteurs — en particulier ceux intervenant à une échelle supra-communale (coordinations d’aide et de soins à domicile, hôpitaux, ergothérapeutes…) — de mieux comprendre la réforme et de façon plus générale le fonctionnement des CPAS. Sur les enjeux communs, des initiatives à l’échelle des Bassins, voire de la Région, peuvent faciliter l’information et l’implication de ces acteurs extra-communaux, en leur évitant de se démultiplier dans les différents espaces d’information des communes. Certains aspects demeurent toutefois propres à chaque CPAS. Ces derniers ont rappelé la possibilité de contacter la Coordination sociale pour toute question relative à l’accompagnement.
Ressources au service des professionnel·les ou des bénéficiaires
Enfin, la rencontre a mis en lumière différents outils et initiatives à destination des professionnel·les et/ou des bénéficiaires. Ces ressources répondent à plusieurs besoins identifiés lors du sondage et des échanges : informer sur les droits, orienter vers les services adéquats, aller vers les publics et renforcer la collaboration entre acteurs.
- Place à nos droits propose d’amener le travail social dans l’espace public. L’objectif est de faciliter l’accès aux droits et de lutter contre le non-recours, en rapprochant les services des citoyen·nes. Un premier évènement aura lieu le 22 avril à Woluwe-Saint-Lambert à l’initiative de la Coordination sociale.
- Besoin d’aide dans l’orientation d’un·e bénéficiaire ? Le HELPESK du Bassin Sud-Est est accessible tous les jours ouvrables de 9 à 17h : +32 2 318 60 58 – info@bassin-sud-est.brussels.
- Le Grand Bain se déroulera du 5 au 9 octobre 2026 : la semaine Portes Ouvertes du Bassin Sud-Est constitue une opportunité conviviale de découvrir les structures social-santé présentes ou actives sur le territoire. Les services désireux d’ouvrir leurs portes sont invités à s’inscrire dès à présent et jusqu’au 3 juillet.
- Les participant·es ont aussi pu découvrir 8 posters recensant les services présents dans le Bassin Sud-Est, organisés autour des thématiques suivantes : insertion socio-professionnelle, aide sociale, santé, santé mentale, logement, enfance et jeunesse, inclusion numérique et besoins de première nécessité. Dans la version électronique de ces posters, chaque service est accompagné d’un lien vers son site internet.