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Quel accompagnement en santé mentale face à l’urgence/la crise et en milieu résidentiel ?
01 Avr
Retour sur la rencontre du 20 janvier
Pour répondre au besoin exprimé par beaucoup d’intervenant·es social-santé de mieux connaitre les dispositifs d’aide en santé mentale disponibles dans le Bassin Sud-Est et faciliter les orientations, trois éditions spéciales de la Concertation « Santé mentale » sont prévues durant l’année scolaire 2025–2026.
La deuxième de ces rencontres s’est tenue le 20 janvier dernier. Elle a mis en lumière les différents dispositifs qui accompagnent les bénéficiaires face à l’urgence ou la crise (équipes mobiles de crise, services d’urgences hospitaliers) ou en milieu résidentiel (hôpitaux psychiatriques/services psychiatriques en hôpital général, initiatives d’habitation protégée, maisons de soins psychiatriques).
Seize professionnel·les de services actifs sur le territoire ont présenté leur offre et répondu aux questions des 49 participant·es. Un grand merci à tous·tes ces intervenant·es ! Au total 65 professionnel·les ont donc pu échanger sur les spécificités des dispositifs présentés et renforcer leur réseau.
À cette occasion, l’aide-mémoire pour l’orientation en santé mentale a été complété : il recense tous les accompagnements disponibles dans le Bassin Sud-Est en ambulatoire, à domicile, dans des situations d’urgence/de crise et en milieu résidentiel.
Faire face à l’urgence et à la crise
Des intervenantes de l’Équipe mobile et de l’Unité de crise des urgences psychiatriques des Cliniques universitaires Saint-Luc ont tout d’abord clarifié la différence entre crise et urgence psychiatriques. Une crise psychiatrique est un moment de déstabilisation psychique aiguë. Elle peut se manifester par de l’agitation, des idées délirantes, des hallucinations… Elle nécessite une consultation rapide avec le·la médecin généraliste ou le·la psychiatre pour éviter une aggravation. L’urgence psychiatrique correspond à une situation où il existe un danger, pour la personne elle-même ou pour autrui. Elle nécessite une prise en charge immédiate, sans attendre une consultation médicale : orientation vers les urgences psychiatriques ou sollicitation de l’aide médicale urgente (112) voire de la police (101) en cas de violences graves.
Les participant·es ont ensuite échangé en plus petits groupes avec des professionnel·les travaillant dans une équipe mobile de crise ou dans un service d’urgence hospitalier du Bassin.
Les équipes mobiles de crise dans le Bassin Sud-Est
Intervenant·es : Florence Maldague et Sarah Mayenez (Équipe Mobile de Crise), Rédouane Boukhari, Anja Demasure et Caroline Jonckheere (Bru-Stars/soins de crise)
Deux équipes mobiles de crise sont actives dans le Bassin Sud-Est. Ces équipes pluridisciplinaires interviennent à domicile ou dans un lieu choisi avec la personne, pour une durée limitée (en général 6 à 8 semaines), avec l’objectif d’apaiser la crise, recréer du lien et orienter vers des relais de soins adaptés.
L’Équipe Mobile de Crise (EMC) Bruxelles Est s’adresse aux adultes à partir de 18 ans en situation de crise psychique, en particulier lorsque la personne rencontre des difficultés à se déplacer vers les services de soins ou n’est pas demandeuse d’aide. La demande peut être introduite par toute personne de l’entourage : proches, professionnel·les, services sociaux, etc. L’équipe analyse la demande et intervient lorsque l’accompagnement mobile de crise est la réponse la plus pertinente.
Bru-Stars – soins de crise intervient auprès des enfants et des jeunes de 0 à 18 ans, avec une attention particulière à la transition vers l’âge adulte (jusqu’à 23 ans). Au sein de Bru-Stars, trois équipes mobiles différentes s’occupent respectivement des enfants de 0-11 ans, des jeunes de 12-15 ans et des jeunes (adultes) de 16-23 ans. Ces équipes interviennent pour les « soins de crise » et également pour les « soins de longue durée » (qui ont été présentés lors de la matinée précédente). La demande doit être introduite par un·e professionnel·le (par exemple : école, PMS, travailleur·se social·e, médecin…). Les demandes portant sur des situations de crise sont examinées une fois par semaine et l’équipe tente d’y répondre dans un délai de quelques jours. Si nécessaire, la prise en compte des « soins de longue durée » est temporairement suspendue pour permettre la prise en compte rapide des situations de crise. L’équipe peut intervenir dans les 19 communes de Bruxelles. La première rencontre avec le·la jeune et sa famille a lieu en présence du·de la professionnel·le qui a fait la demande.
Pour quelles situations ?
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- Ces équipes interviennent lors d’une crise – un changement soudain ou une aggravation rapide d’une situation – entraînant de graves souffrances psychologiques et nécessitant un soutien rapide et intensif.
- Elles ne sont pas des services d’urgence : l’intervention n’a généralement pas lieu le jour même. En cas de danger immédiat ou d’urgence, il est préférable de contacter un·e médecin, un·e psychiatre ou les urgences. Elles ne sont pas non plus destinées à accompagner des situations chroniques sur le long terme, même si celles-ci peuvent être à l’origine d’une crise ponctuelle.
- Étant donné la durée limitée du suivi, l’accompagnement vise à stabiliser la situation et mobiliser le réseau de soins, afin d’assurer un relais vers des services adaptés (service de santé mentale, médecin généraliste ou psychiatre, équipe mobile dite « de longue durée » …) pour la suite.
- Les équipes mobiles de crise sont souvent amenées à travailler la non-demande (de la personne concernée ou des parents quand il s’agit d’un·e jeune), ce qui implique de travailler l’accroche et la création d’un lien.
La prise en charge dans les services d’urgence des hôpitaux
Intervenant·es : Pascale Tielemans et Lison Gillardin (Urgences CHIREC/site Delta), Carlos Vaz da Costa et Sophie Bernard (Urgences psychiatriques des Cliniques universitaires Saint-Luc)
Les Urgences psychiatriques des Cliniques universitaires Saint-Luc sont assurées par une équipe pluridisciplinaire composée de psychiatres, assistant·es psychiatres, assistant·es sociaux·les et infirmier·es. Leur rôle est d’accueillir les situations d’urgence psychiatriques ou psycho-sociales, d’apaiser les symptômes et de mettre en place un suivi approprié (consultations rapprochées ou orientation vers un réseau de soins). Ils peuvent également intervenir dans les urgences générales.
Le service ne dispose pas de lits d’hospitalisation psychiatrique sur place. Lorsque c’est nécessaire, les patient·es sont orienté·es vers d’autres services en fonction des places disponibles, ce qui demande parfois des solutions créatives pour répondre aux besoins des patient·es et de leurs proches. Depuis mai 2024, le service de psychiatrie des CUSL a déménagé, et il n’y a aucune hospitalisation possible en urgence en soirée pour des raisons logistiques. Il n’existe pas de service post-crise en tant que tel, mais les patient·es peuvent être revus rapidement aux urgences (dans les 48 heures ou les semaines suivantes) ou orientés vers un·e psychiatre. Les horaires de jour facilitent la coordination avec le réseau de soins, tandis qu’en soirée et le week-end l’intervention vise surtout à sécuriser la situation, sans possibilité de faire lien avec le réseau.
Une équipe mobile d’urgence EMUT (Équipe Mobile Urgence / Urgencie Team) existe sur le site des Cliniques universitaire Saint-Luc : elle intervient à la demande de la police dans la zone Bruxelles-Nord afin d’évaluer si une situation nécessite une intervention psychiatrique et de favoriser des alternatives aux hospitalisations sous contrainte. Ce dispositif pourrait être étendu à d’autres zones de police – dont la zone de police Montgomery – et d’ici fin 2026, être accessible aussi aux médecins généralistes et aux pompiers.
Aux Urgences du CHIREC/site Delta, des psychologues interviennent en première ligne pour la prise en charge de patient·es rencontrant des problèmes psychiatriques et/ou psychiques. Des psychiatres sont également appelables. Il n’y a pas d’hospitalisation psychiatrique à Delta, les hospitalisations se font à Sainte-Anne/Saint-Rémi. Une hospitalisation provisoire au sein des urgences est possible (une nuit ou parfois un peu plus) mais la priorité est donnée à la mise en place d’un dispositif ambulatoire.
Voici quelques « conseils » partagés par les intervenant·es :
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- Contacter les urgences en amont peut être utile pour analyser la situation et envisager d’autres solutions avant un déplacement aux urgences.
- Les questions à poser aux proches inquiets d’une situation potentiellement urgente :
- La personne est-elle suivie par un médecin généraliste, psychologue ou psychiatre ?
- A-t-elle l’habitude de se rendre dans un hôpital particulier ?
- Souhaite-t-elle recevoir des soins ou non ?
- La priorité : mobiliser le réseau de soins existant, car le passage aux urgences peut être très confrontant (nouveaux professionnel·les, environnement stressant).
Les questions et discussions en groupes ont mis en lumière les constats suivants :
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- Partage limité des informations médicales : les notes psychiatriques ne sont pas systématiquement accessibles, tandis que les notes d’urgence (passage par un urgentiste) le sont généralement. Inversement, les hôpitaux n’ont pas toujours accès aux informations détenues par les médecins généralistes.
- Recours aux urgences pour préserver l’anonymat : certaines personnes se présentent aux urgences plutôt qu’à leur généraliste, notamment lorsqu’elles n’ont pas de lien de confiance ou cherchent la confidentialité vis-à-vis de leur médecin.
- Diagnostic en urgence complexe : comment savoir si une personne a consommé ou est en décompensation ? Les tests urinaires peuvent détecter une consommation récente de substances, mais l’évaluation repose surtout sur l’expérience clinique, les entretiens et le récit de vie du·de la patient·e.
- Certaines situations relèvent davantage de difficultés sociales que psychiatriques.
- Psychiatrie d’urgence pour les enfants insuffisante.
Accompagner en milieu résidentiel
La seconde partie de la matinée portait sur l’offre d’accompagnement en milieu résidentiel : dans les services psychiatriques hospitaliers et dans les logements supervisés.
L’accompagnement dans les services psychiatriques hospitaliers
Intervenant·es : Benoit Mennicken et Benoit Didier (service Psychiatrie des Cliniques de l’Europe/site Saint-Michel), Victoria Vandeweyer et Valérie Graeven (Institut de Psychiatrie/Hôpital psychiatrique de Valisana)
Deux services psychiatriques présents dans le Bassin Sud-Est ont été présentés : le service Psychiatrie des Cliniques de l’Europe/site Saint-Michel et l’Hôpital psychiatrique de Valisana.
Le service Psychiatrie des Cliniques de l’Europe/site Saint-Michel propose une psychiatrie générale avec une spécialité assuétudes (environ 1/3 des lits). Il n’existe pas de durée standardisée d’hospitalisation, l’établissement prenant en charge les crises et situations aiguës. La durée moyenne de séjour est d’environ trois semaines, avec possibilité de prolongation si nécessaire. L’approche est inspirée de la psychothérapie institutionnelle. Les lits sont organisés de manière communautaire, favorisant les échanges entre patient·es et leur participation aux tâches quotidiennes (distribution des plateaux par ex.). Des réunions communautaires permettent aux patient·es de se proposer pour différentes tâches ou activités, comme les ateliers cuisine. Les soins se font autant par les interactions entre patient·es que par les interventions professionnelles.
Pour les addictions, un programme de sevrage standardisé sur 3 semaines est proposé. La question de la rechute et de l’après-hospitalisation est évoquée dans toutes les prises en charge. Il n’y a pas de suivi post-hospitalier au sein du service, mais un hôpital de jour adjacent permet un accompagnement complémentaire. Le service veille à la diversité du public, les adolescent·es sont admis·es à partir de 15 ans, mais l’ambiance n’est pas toujours adaptée pour cette tranche d’âge.
Depuis 2024, l’hôpital psychiatrique de Valisana est installé dans l’Institut de Psychiatrie, un établissement récent dédié aux activités de psychiatrie adulte (Valisana et CUSL) et infanto-juvénile (CUSL) : service d’hospitalisation adulte (2 unités Valisana d’une trentaine de lits et une unité Saint-Luc d’une vingtaine de lits), unité infanto-juvénile (hospitalisation de jour 0-12 ans et lits d’hospitalisation complète, centre de ressources pour l’autisme, équipe SOS Enfants) et consultations. Les 2 unités d’hospitalisation psychiatrique de Valisana sont consacrées à la psychose et aux addictions, aux situations sans diagnostic posé ainsi qu’aux adolescent·es et jeunes adultes.
La majorité des patients arrivent depuis leur domicile, tandis que 30 % environ proviennent de Saint-Luc (urgences ou autres services) et un peu plus de 10% d’autres structures (MSP, IHP…).
L’accompagnement repose sur une équipe pluridisciplinaire : psychiatres, psychologues, éducateur·rices, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, infirmier·es et assistant·es sociaux·les. Les patient·es participent à des activités variées : sportives, artistiques, cuisine, ainsi qu’à des repas communs, favorisant le mélange des publics. Le service met un fort accent sur la préparation à l’après-hospitalisation. Les AS accompagnent les démarches permettant la transition vers les MSP, IHP, services de jour, lieux de liens ou vers un suivi ambulatoire. La durée moyenne d’hospitalisation est d’environ 20 jours, modulable selon les besoins et la situation du·de la patient·e.
L’accompagnement dans les IHP et les MSP
Intervenant·es : Ann Bryssinck (IHP Messidor-Carrefour), Clothilde Léger (MSP Sanatia)
Les IHP Messidor-Carrefour disposent de maisons dans plusieurs communes bruxelloises, dont une à Etterbeek. Il n’y a pas de MSP dans le Bassin Sud-Est, raison pour laquelle la MSP Sanatia située à Ixelles a été sollicitée pour présenter ce dispositif.
Les interventions ont permis de mieux comprendre le fonctionnement et les spécificités des Initiatives d’Habitation Protégée (IHP) et des Maisons de Soins Psychiatriques (MSP).
Ces deux dispositifs combinent un lieu de vie et un lieu de soin pour des adultes présentant des troubles psychiatriques stabilisés qui nécessitent un soutien dans leur vie quotidienne. L’admission repose sur un processus de candidature comprenant plusieurs entretiens, visant à évaluer l’adéquation entre le profil du·de la patient·e et le projet institutionnel, ainsi que sa capacité à s’y engager. Sont généralement exclues les situations de crise aiguë, de violence ou d’addiction au premier plan. Les deux dispositifs mettent l’accent sur le développement de l’autonomie et s’appuient sur une équipe pluridisciplinaire.
La principale différence réside dans le degré d’encadrement et l’autonomie attendue. Les MSP offrent un cadre structuré et sécurisant, avec une présence professionnelle continue (y compris la nuit) adapté à des personnes nécessitant un accompagnement au long cours après des parcours souvent marqués par des hospitalisations. Des activités sont organisées en interne comme à l’extérieur. La MSP Sanatia comprend deux unités résidentielles et une maison qui travaille à l’autonomisation. Les IHP, comme Messidor-Carrefour, s’inscrivent dans une logique de plus grande autonomie. Les résident·es y vivent en maisons partagées, avec des espaces privatifs et communs. L’encadrement y est moins constant, les professionnel·les n’étant pas présents en permanence, ce qui implique que les résident·es soient capables de gérer certains aspects de leur quotidien et de solliciter de l’aide en cas de besoin. Les personnes doivent bénéficier d’un suivi psychiatrique extérieur. Dans les IHP Messidor-Carrefour, une réunion hebdomadaire réunit les résident·es et l’équipe thérapeutique. Les résident·es rencontrent aussi une fois par semaine l’équipe.
Les questions des participant·es ont notamment porté sur :
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- l’âge requis : à partir de 18 ans et sans âge maximum mais il y a une limite en termes de soins qui peuvent être apportés sur le plan somatique ;
- la durée du séjour : pas de limite fixée dans le cas des MSP ; limite de temps ou non selon les IHP ;
- la possibilité de visites : présente dans les deux dispositifs.
Quelle suite à cette matinée ?
L’éclairage des dispositifs en santé mentale disponibles dans le Bassin Sud-Est se poursuit avec une troisième et dernière matinée qui aura lieu le 12 mai prochain. À cette occasion, les structures d’accueil de jour, les lieux de lien ainsi que les dispositifs d’insertion socioprofessionnelle spécialisés en santé mentale vous présenteront leurs accompagnements. La rencontre mettra aussi en lumière les services du Bassin qui proposent un soutien psychosocial et des activités communautaires aux jeunes et aux seniors, dans une optique de prévention. Voici le lien vers le programme complet et le formulaire d’inscription.
Pour les personnes absentes le 20 janvier, rappelons qu’un aide-mémoire en ligne récapitule les dispositifs accessibles dans le Bassin Sud-Est en matière d’accompagnement en ambulatoire, à domicile, dans des situations d’urgence/de crise et en milieu résidentiel.